Michna Avot 2,2 — 2e partie

Rabban Gamliel avance qu’étant entendu qu’il ne faut plus éprouver le dérekh érets comme une contrainte, il faut néanmoins en éprouver la fatigue. Il faut travailler, aimer le travail pour la fatigue qu’il apporte et il faut que cette fatigue éprouvée au travail accompagne celle de l’étude, bien que les deux activités ne soient pas simultanées. Quand j’éprouve la peine à subsister comme intellect et comme corps, j’évite la faute. Je faute dès que je n’éprouve plus la peine à exister, que je fais preuve de suffisance. >>> pdf

Michna Avot 2,2 — 1re partie

L’expression dérekh érets est présente sous diverses acceptions dans  la littérature rabbinique. Comment comprendre alors l’enseignement de Rabban Gamliel ? Notre hypothèse générale est la suivante : le dérekh érets désigne toute voie, au sens métaphorique, qui mène au yichouv ha-‘olam, expression qui dit à la fois l’habitation de la terre par les hommes et l’absence de troubles sociaux. Elle désigne la conscience éthique (au sens d’Aristote et de Maïmonide), qui est une conscience de monde visant à l’accomplissement du monde humain. >>> pdf

Michna Avot 2,1 — 7e partie

La lecture naïve dit qu’il suffit de considérer trois choses pour pouvoir s’abstenir de toute transgression : un œil qui voit, une oreille qui entend et la consignation de tous les actes dans un livre. Or, nous sommes forcés de constater que nous transgressons tous malgré la mise en garde de Rabbi. Afin d’entendre ce que veut nous dire Rabbi, il convient d’être attentif à la tournure impersonnelle ba li-dé ‘avéra, qui sous-entend que le mouvement qui mène l’homme à la faute est impersonnel. Pour revenir à un mouvement personnel, et donc échapper à la faute, il faut sortir de l’idée cartésienne qui voit dans le cogito l’assurance de la personnalité du mouvement et revenir à l’enseignement de Rabbi, qui permet de véritablement asseoir sa personnalité : l’œil de Dieu, l’oreille de Dieu et l’inscription par Dieu des actes humains. >>> pdf

Michna Avot 2,1 — 6e partie

La dernière partie de cette michna fait, elle-aussi, très clairement référence à la doctrine épicurienne, notamment à la Lettre à Ménécée. Alors qu’Épicure propose une morale du plaisir et du déplaisir construite sur la comparaison avec leurs conséquences sensibles, Rabbi Yéhouda, lui, parle au présent. Il faut considérer l’existence au présent. Contre la doctrine épicurienne, Rabbi Yéhouda maintient l’idée d’un Dieu exerçant une providence. >>> pdf 

Michna Avot 2,1 — 5e partie

Dans le troisième énoncé de cette michna, Rabbi parle de gain et de perte matériels, ce que dénote sans ambiguïté son emploi du terme hefsed. Rabbi ne projette donc pas le salaire ou la perte des mitsvot dans des arrière-mondes, paradis ou enfer. En quoi consiste alors son injonction à mesurer le salaire ou la perte de l’observance des commandements, alors même que, selon son deuxième énoncé, leur salaire et leur perte nous sont inconnus? Selon nous, Rabbi parle d’un salaire qui se donne dans le vécu, qui n’est pas immédiatement perceptible, mais qui se révèle rétrospectivement. >>> pdf

Michna Avot 2,1 — 4e partie

Le salaire des mitsvot, contrairement au plaisir et au châtiment, n’en finit pas de se donner, d’abord comme un pressentiment dans ce monde-ci, puis dans le ‘olam ha-ba. Il n’est pas quantifiable et se donne comme vie en excès pour le juste.   >>> pdf

Tanya – Sha’ar HaYi’houd – Séance 3 – Ch. 4 (1ère partie)

Où nous verrons que Nietzsche et l’auteur du Tanya procèdent d’un chiasme sur la Puissance et la Bonté. Apparition première du concept de Tsimtsoum dans le texte.

La synthèse ici.

«Justice abrahamique et Justice noahique»

20131110-074403.jpgLa péricope Vayéra contient plusieurs passages en lien avec la Justice de Dieu. Les premières sections de la Genèse disaient déjà des dimensions de la Justice divine ou de la Justice humaine, que ce soit par les actes de Dieu, par ses châtiments ou par le souci d’Abraham d’un habiter juste sur les terres qu’il arpente. Dans Vayéra cependant, la Tora nous enseigne une dimension supplémentaire de la Justice : celle du jugement des hommes sur Dieu. Autrement dit, la Tora nous dit qu’il importe que Dieu ne soit pas départi, aux yeux des hommes et d’Abraham, de son attribut de Justice.

Tout commence par une réflexion que Dieu se fait en Genèse 18,17 : « Vais-je cacher à Abraham ce que je m’apprête à accomplir? », par laquelle Dieu projette de faire connaître à Abraham la destruction prochaine de Sodome. Il le fait, pensons-nous, pour que le cataclysme qui se prépare ne signe pas aux yeux du monde l’absence de Justice sur terre. Cette communication de Dieu est justement faite à Abraham, lequel s’est soucié du droit rendu par « Celui qui juge le ciel et la terre » (Genèse 18,25) et a recherché à concilier le monde et la Justice (Genèse Rabba 49,9). Dans cette pensée qui appelle à la manifestation de la présence de Dieu sur terre, nous sommes aux antipodes de tout dualisme.

Le Texte donne une seconde cause aux intentions de Dieu : c’est qu’Abraham deviendra un peuple grand et puissant, et que par lui toutes les familles de la terre seront bénies (Genèse 18,18). Le Texte se fait ensuite plus précis sur l’élection de la souche abrahamique: Dieu s’est approché d’elle pour qu’il ordonne à ses fils et à ses filles de pratiquer tsédaqa (Justice) et michpat (Droit). Dans cette distinction, les sages d’Israël ont souvent compris qu’Abraham avait manifesté dans le monde les dimensions de largesse et de miséricorde; il existe cependant une autre lecture, aussi de type midrachique, qui renvoie au commandement noaḥique de dinin (établissement de tribunaux qui appliquent le droit). En effet, selon rabbi Yoḥanan (Tb Sanhédrin 56b), Adam et les noaḥites après lui sont astreints à la mitsva de dinin, laquelle trouve son référent ultime dans l’injonction faite à Abraham de pratiquer tsédaqa et michpat. Paradoxalement, pour rabbi Yoḥanan, les principes qui régissent l’élection du peuple d’Abraham doivent servir de référence à la Justice pratiquée par les noaḥites. Comment comprendre la jonction opérée par rabbi Yoḥanan entre la Justice que les nations doivent pratiquer et la Justice abrahamique, qui a précisément singularisé Israël des autres nations?

Par son exégèse étonnante, rabbi Yoḥanan a cherché selon nous à instiller quelque chose de la Justice abrahamique dans la Justice noaḥique. Par la référence à Abraham, il a voulu établir une correspondance entre les deux régimes de Justice et faire aussi de la Justice noaḥique le témoin de la Justice divine sur terre. Autrement dit, la Justice pratiquée par les tribunaux noaḥiques doit transcrire sur terre les principes de la rétribution des justes et du châtiment des impies; elle applique et publie les principes qui président aux actions divines et elle fait de ce monde le répondant de la Justice céleste.

Pour rabbi Yoḥanan, il serait donc faux de voir dans le seul peuple d’Israël le lieu où la Justice divine se manifeste sur terre. Chaque tribunal, en tant qu’il prend des décisions justes, fait du monde le lieu de la présence divine. C’est en tant que les décisions rendues par les tribunaux d’Israël savent rester conformes au projet divin en dépit d’iniquités commises par des nations environnantes qu’Abraham et sa descendance resteront une source de bénédiction pour toutes les nations.

Michna Avot 2,1 — 3e partie

Les qualificatifs « léger » (qala) ou « important » (ḥamoura) ne renvoient pas à des données objectives de la mitsva que nous ignorerions, mais en appellent à une attitude subjective. Rabbi nous exhorte alors à nous mettre en garde contre ce que chacun est enclin à juger mineur. Je dois me considérer en toutes circonstances comme étant devant une mitsva importante et en cela me considérer comme un sujet à risques. Il n’y a pas de récompense à attendre des mitsvot en dehors de l’existence elle-même. >>> pdf

Tanya – Sha’ar HaYi’houd – Séance 2 – Ch.3

Hassidout – Séance 2 – Ch.3 – 29-10-2013

Dans cette séance, hormis la traduction de la fin du chapitre 3, nous verrons comment la création se fait par une dérobade de dieu; où l’aléthéia de Martin Heidegger était déjà exprimée dans le Tanya;où comment dieu est instance de l’être sans pour autant le contenir.

Le résumé ici.