«Les fêtes israélites et leurs significations pour les nations du monde pratiquant les préceptes noahites» de Yoël Shwartz [2e chapitre]

Avec l’aimable autorisation de Rav Yoël Shwartz (Yeshivat Dvar Yerushalayim), traduction de l’hébreu.

Le jour du Chabbat

D’une part, il est dit «un goy qui pratique le Chabbat est passible de mort, comme il est écrit: “Jours et nuits, ils ne s’arrêteront pas” (Gen. 8,24)». Tb Sanhedrin 58b.

D’autre part, il est dit «s’il en est ainsi [que le Chabbat n’est pas connu des nations], il n’y a pas lieu de les punir relativement à son non respect» Tb Betsa 16a (car elles ne sont pas punies là-dessus, car elles ne l’accomplissent pas, ainsi que les autres commandements, voir Rachi ad loc.)

Le thème du Chabbat pour les nations appelle une grande explication. D’un côté, le Chabbat est un domaine proprement juif, comme il est écrit «Les israélites garderont le Chabbat… Entre moi et les enfants d’Israël, il est un signe éternel.» (Ex. 31,16-17) Et dans le Midrach, il est dit «Parabole d’un roi siégeant face à sa dame. Celui qui s’immisce entre eux est passible de mort.» (Ex. Rabba 25,15) Et dans la prière du matin du Chabbat on dit «Car tu ne l’as pas donné, ô YHVH notre Dieu, aux nations de la terre, et tu n’en a pas fait l’héritage, ô notre roi, des adorateurs de statues, mais à Israël ton peuple tu l’as donné avec amour, à la descendance de Jacob, que tu t’es choisie.»
En vérité, nous voyons là la manifestation de la divine providence en rapportant que les chrétiens qui commencèrent à respecter le Chabbat le firent le premier jour de la semaine, et les musulmans le sixième jour. Ces trois raisons essentielles font que les nations n’ont pas à respecter le Chabbat.

1) «L’homme est né pour le travail.» (Job 5,7) Après la faute d’Adam, l’acte rédempteur est son travail pour construire le monde et le parfaire. Ainsi il est écrit «Jours et nuits, ils ne s’arrêteront pas.» Nous observons que là où il est un jour de vacance, le premier jour de la semaine laisse le champ libre à l’ivrognerie et voit des hommes s’égarer et se nuire davantage qu’un autre jour de la semaine, si bien qu’en langage médical on appelle cela «la névrose du dimanche».
Pour les israélites non plus, le jour de repos n’est pas vacant, mais il est comme cela est écrit «les israélites garderont le Chabbat pour faire le Chabbat» (Ex. 31) car ils œuvrent le Chabbat par l’exercice conjugué de la prière et de l’étude de la Tora. Cependant, le non Juif, qui ne possède pas cet univers spirituel, subit du tort à le pratiquer.

2) Le Chabbat juif est tout entier plaisirs matériels sublimés par le qiddouch, les bénédictions, les chants et les paroles de Tora prononcés à table. Le goy, qui n’est pas prêt à sanctifier la vie, est incapable de comprendre comment il est possible que les plaisirs matériels du Chabbat soient le fondement de quelque chose de spirituel. Ainsi, le peuple d’Israël prononce une louange spéciale lors de la prière de l’après-midi du Chabbat: «Et moi, ma prière est vers toi, au moment agréé, etc.» Car à ce moment-là, les synagogues remplies de fidèles prient et étudient la Tora et pas, à Dieu ne plaise, d’ivrognes, comme cela arrive à de nombreux non Juifs dans leurs moments de vacance, du fait qu’ils ne comprennent pas la signification de la sainteté qu’il y a dans la vie.

3) Il est interdit de faire une nouvelle religion. Tels sont les propos de Maïmonide (Rois 10,9): «Un idolâtre qui pratique le Chabbat, même durant un jour de semaine, s’il le fait pour lui-même comme un Chabbat, est passible de mort. Il n’est pas nécessaire de préciser s’il fait une fête pour lui-même. L’idée générale est qu’on ne le laisse pas innover dans la religion et faire des commandements pour eux-mêmes de leur chef.»

Malgré cela, on voit que, relativement au «guer tochav» (étranger-résident), il y a d’autres avis sur le sujet. Dans Tb Kritout 9a, il est dit «Un “guer tochav” peut réaliser les travaux permis à un israélite les jours de demi-fête [c’est-à-dire les affaires pressantes]; rabbi Aqiva dit: permis à un israélite les jours de fête [c’est-à-dire les préparatifs des repas]; rabbi Yossé dit: le Chabbat, un “guer tochav” peut réaliser à titre personnel les mêmes travaux qu’un israélite en semaine. Et ainsi est établie la loi.»

Pour tous, un «guer tochav» (un noahite qui s’est engagé à pratiquer les sept commandements de Noé) diffère d’un non Juif en ce que certains décisionnaires le soumettent au respect de quelques lois du repos du Chabbat et certains l’en exemptent. Bien plus, il apparaît selon le Midrach (Pesiqta rabbati 23) que le commandement de «se souvenir» (zakhor) [du Chabbat] est dit aux nations du monde, que celui de «respecter» (chamor) est dit aux israélites et que les non Juifs aussi ont part au Chabbat. Il est possible de trouver à cela quelques sources, comme il est écrit dans le livre «Israël et l’humanité» sur le verset «Que l’étranger ayant rejoint Dieu ne dise pas “Dieu m’a rejeté de son peuple… et les fils de l’étranger ayant rejoint Dieu, tous ceux respectant le Chabbat en s’abstenant de le profaner”.» (Isaïe 56) [Cependant Rachi et le Yalkout Makiri ont expliqué le verset en considérant le non Juif s’étant converti, mais le sens obvie parle des noahites.] Il apparaît que le Chabbat a deux aspects: le Chabbat appartenant à Israël, qui comprend l’abstention de tout travail, et le «septième jour» des écritures (Gen. 2), qui appartient à tout le monde. L’obligation qui incombe à un non Juif est de recevoir l’idée du Chabbat, qui enseigne la croyance au fait qu’«en six jours Dieu a fait le ciel et la terre.» Et selon S.-R. Hirsh, le premier Chabbat de la création témoigne des six jours de travail, correspondant aux six jours de la Création; car si, à Dieu ne plaise, le monde s’était formé de lui-même, il aurait fallu apporter à l’univers de nouvelles lois de la nature, et l’essentiel de notre propos est que, depuis le premier Chabbat jusqu’à aujourd’hui, les lois de la nature n’ont pas varié. Cela nous enseigne que les lois de la nature ne sont advenues qu’à partir du moment où Dieu les a décrétées.

C’est pourquoi, pour les non Juifs aussi, il y a lieu de faire des actes qui distinguent et sanctifient le Chabbat. Cependant, le Maharnah, rapporté dans le commentaire «Michne lemelekh» (sur Rois 10,7) pense que le non Juif n’a pas à sanctifier le jour. Le «Michne lemelekh» s’étonne déjà là-dessus: comment [peut-on se poser la question de la sanctification] sans mentionner le verset «Jours et nuits, ils ne s’arrêteront pas»? Cependant, selon le midrach cité ci-dessus d’après lequel on ne passe pas entre le roi et la reine, cela s’entend. Peut-être peut-on l’expliquer en disant que, pour le noahite, il s’agit d’autre chose, comme nous l’avons rapporté des textes de Tb Kritout, de Tb Betsa 16 selon tous les avis et de la Pesiqta, qu’il faut étudier, car il convient à un non-Juif de se conduire pendant le Chabbat de telle sorte qu’il s’éveille à se rapprocher de Dieu.

La règle (halakha)

I. Selon la majorité des décisionnaires, il n’incombe pas au noahite de cesser toute activité le jour du Chabbat.
Quoi qu’il en soit, il est bon pour lui que son repos, son «septième jour», tombe le jour du Chabbat et qu’il sorte se promener au sein de la nature, dans le but d’admirer la création de Dieu. La valeur numérique de «nature» est la même que celle de «Dieu» (en guematria). En effet, celui qui médite sur la Création sait voir les miracles qui la composent, et comprend que seul Dieu est capable de former un monde aussi miraculeux. Appel de J.-J. Rousseau: revenir à la nature, cela peut être bénéfique à l’homme, car cela relie la création au Créateur, et le Chabbat et le moment qui est propice à cela.

II. Il est bien de faire un repas de fête en l’honneur de ce jour. Avant le repas, il est bon de lever une coupe de vin et de prononcer une louange à Dieu de la sorte: «Béni tu es, Dieu, roi du monde, créateur du fruit de la vigne. Béni tu es, Dieu, roi du monde, toi qui as donné le Chabbat au peuple d’Israël, que par son intermédiaire tous soient enseignés; car tu as créé le monde et tout ce qu’il renferme, et tu répands la sainteté du Chabbat sur toute l’humanité pour faire connaître ta grandeur et pour sanctifier nos œuvres, que toutes soient à ta gloire. “Ainsi furent terminés les cieux et la terre, avec tout ce qu’ils renferment. Dieu mit fin, le septième jour, à l’œuvre faite par lui; et il se reposa, le septième jour, de toute l’œuvre qu’il avait faite.”»

Puisque le Chabbat est une préfiguration du grand Chabbat des temps à venir, il est bon de manger les mets suivants et de faire méditer les convives sur leur sens: 1) du poisson – en allusion au Léviathan, qui sera au repas des temps à venir, en référence à la sagesse qui se sera alors répandue. 2) du vin – car alors les secrets de la sagesse seront dévoilés, par analogie avec le vin qui est caché dans les grains de la vigne. 3) du pain – en allusion à la manne, destinée aux justes; et la manne, davantage que les autres aliments, est une chose de l’esprit qui s’est matérialisée. Cela enseigne à l’homme que, dans les temps à venir, même les choses terrestres acquerront une part de spirituel. 4) de la viande [???] et il apparaît que l’intention de la chose est de rappeler que toutes les forces de l’homme doivent être utilisées en l’honneur du ciel et à son bénéfice, et pas le contraire, comme hélas cela est le cas à de nombreuses reprises de nos jours.

Ainsi, il est bien que l’un des chants du Chabbat soit «Je crois d’une foi ferme en la venue du Messie et bien qu’il tarde, en dépit de tout, je l’attendrai chaque jour à venir.»

Durant ce repas, il est bon de chanter des chants comme «Chant, cantique pour le jour du Chabbat, bien est de louer Dieu et de chanter en l’honneur ton nom, ô Dieu suprême…» (Ps. 92)

En l’honneur du repas, on allume des luminaires, en allusion au fait que le Chabbat illumine d’une lumière spirituel l’âme de l’homme. Et le luminaire renvoie à l’âme, comme il est écrit «Le luminaire de Dieu est l’âme de l’homme.» (Prov. 20,27)

Dans le livre d’heures juif, il y a quantité de chants pour le Chabbat qui conviennent également aux noahites. Nous apportons ici des exemples:
– Ya ribbon, alam ve-almaya…
– Tsour michelo…
– Rahem be-hasdekha…
– Mizmor le-David, Adonaï roï lo ehsar…

Il est également bon de lire des passages de la section hebdomadaire en lien avec les préceptes noahites et de prononcer les actions de grâce après le repas: «Tu es béni, Dieu roi du monde, qui nourris le monde entier, avec bonté, grâce, largesse et miséricorde, qui donnes largement du pain à tout être de chair. Et par ta grande bonté, jamais nous ne serons dans le manque, et que ne vienne jamais à nous manquer la nourriture. En vertu de ton renom, car tu es un Dieu qui nourrit et sustente, qui fait du bien à tous, qui prépare la nourriture pour toutes les créatures que tu as créées. Selon ce qui est écrit: “Tu ouvres ta main et rassasies tout vivant de volonté.” Béni tu es, Dieu, qui nourris tout.»

La prière le Chabbat

Il est bon que les noahites s’assemblent pour prier Dieu et le louer pour la création et pour le Chabbat donné à Israël. Les hommes se tiendront sur la partie droite et les femmes sur la partie gauche; il est préférable que les homme se tiennent à l’avant et les femmes derrière. Ils liront les prières dédiées à ce jour; un officiant prononcera à voix haute le début et la fin de chaque passage, et l’assemblée prononcera chaque passage en entier.

Les prières du Chabbat sont des adjonctions à la prière quotidienne prononcée au lever du lit:

«Je reconnais devant toi, roi vivant et existant, que tu m’as rendu mon âme avec mansuétude. Grande est ta fidélité. Tu nous donnes tout ce dont nous avons besoin pour subsister, et la sagesse – pour reconnaître ta grandeur et nos tâches dans le monde.

Écoute Israël, YHVH est notre Dieu, YHVH est Un. Tu aimeras YHVH ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tous tes moyens. Et tu sauras aujourd’hui et tu en seras convaincu en ton cœur que YHVH est Dieu, il n’y en a point d’autre. YHVH a régné, YHVH est roi, YHVH régnera à jamais. YHVH sera alors roi sur toute la terre; en ce jour YHVH sera Un et son nom sera Un.» Il vaut la peine de dire ces versets-là en hébreu, ou bien dans la langue locale. Si la chose est difficile, alors on se contentera de les dire dans la langue locale.

«Nous sanctifions ton nom dans le monde, comme il est sanctifié dans les hauteurs célestes, comme il a été écrit, par l’intermédiaire de ton prophète “ils s’écrient les uns vers les autres et disent: Saint, Saint, Saint est YHVH des armées, toute la terre est pleine de sa gloire.” Sa gloire remplit le monde et ses serviteurs demandent où est le lieu de sa gloire. Face à eux. Ils disent Saint. Bénie est la gloire de YHVH de son lieu.

YHVH régnera à jamais, qu’il règne, ô Sion, de génération en génération, louez Dieu.»

«Maître du monde, aie pitié de tes enfants, tous humains, et prépare leur cœur à reconnaître et à aimer ton nom, établis la paix dans le monde, prodigue de quoi sustenter chacun, guéris de toutes les maladies, délivre tous ceux qui se tourmentent et qui supportent, de façon à ce que tous sachent que tu es abondant en pardons et abondant en miséricorde, et souviens-toi de la femme et de l’homme stériles [en les gratifiant] d’une descendance durable.»

On dit quelques psaumes: 92, 145, 148, 104, puis «Alenou le-chabeah» et «Al qen neqave lakh». Les prières sont dites soit le soir du Chabbat, soit pendant la journée du Chabbat.

La séparation (havdala)

À la fin du Chabbat. On allume une bougie, on lève une coupe du vin et l’on prononce dessus des bénédictions: «Tu es béni, Dieu, roi du monde, qui as créé le fruit de la vigne. Tu est béni, Dieu, roi du monde, qui crée la clarté du feu, qui as donné à l’homme de comprendre comment faire du feu afin que tu l’éclaires dans l’obscurité, afin qu’il puisse parfaire et améliorer le monde que tu lui as ordonné de peupler. Tu es béni, Dieu, qui distingue le saint du profane, la lumière de l’obscurité, Israël des nations, les prêtres des laïcs; et même s’il y a des différences entre eux, tous ont été créés pour te servir ensemble, et c’est pourquoi nous te remercions.»

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