Le Juste dans son Temps, par Jonathan Aleksandrowicz

Millet -peinture -contribution

Le ‘Houmach évoque quatre fondateurs mis à l’épreuve d’une extermination par Dieu :

  • Adam, le premier Homme ; en mangeant de l’arbre de la Connaissance ;
  • Noé, ancêtre de la nouvelle humanité postdiluvienne ;
  • Abraham, patriarche premier des Hébreux, mis face à la faute de Sodome ;
  • Moïse, premier récipiendaire de le Loi ; de suite aux prises avec le veau d’or.
  1. Tsidqout absolue / Tsidqout relative ; obédience et éthique :

La première référence textuelle explicite[1] concerne Noé :

L’Eternel se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il fut affligé en son cœur. Et l’Eternel dit: J’exterminerai de la face de la terre l’homme que j’ai créé, depuis l’homme jusqu’au bétail, aux reptiles, et aux oiseaux du ciel; car je me repens de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce aux yeux de l’Eternel. Voici la postérité de Noé. Noé était un homme juste et intègre dans son temps; Noé marchait avec Dieu.[2]

La suite est connue : Noé construit une arche ; il survit, quand les hommes de son temps sont anéantis. Et c’est précisément l’expression « dans son temps » qui, semblant superflue, ouvre controverse sur la valeur supposée de Noé. Le Midrach est radical :

[…] R. Yéhouda dit : « dans son temps », c’était un Juste. Mais s’il avait vécu au temps de Moïse, ou au temps de Samuel, il n’aurait pas été [considéré comme] un Juste. Dans la rue des aveugles, les borgnes sont appelés clairvoyants. […] R. Né’hémiah dit : si « dans son temps », c’était un Juste, aurait-il vécu au temps de Moïse, ou au temps de Samuel, à plus forte raison [l’aurait-il été] ! [3]

La suite de l’article est disponible en cliquant ici.


[1] Nous montrerons plus loin comment Adam est précisément contemporain d’une menace d’extermination.

[2] Genèse, ch.6, v.6-9 (Traduction Louis Segond)

[3] Berechit Rabbah, chap.30, §.10 et §.13.

2 réflexions au sujet de « Le Juste dans son Temps, par Jonathan Aleksandrowicz »

  1. Tu dis que « Noé laisse les hommes de son temps à leur sort, il ne prie pas pour eux, et il obéit à l’injonction divine. D’aucuns pourront lui reprocher de ne pas avoir plaidé contre le Déluge et estimer que son obéissance ne profite qu’à lui seul et ses proches.»
    Certes Noé n’a pas prié pour sa génération, mais ne dit-on pas que Noé a mis sa génération en garde : il répondait à ceux qui s’étonnaient de le voir préparer la construction de l’arche. Il était un hérault. Voir Genèse Rabba XXX,7?
    Noé était-il si insensible au sort des hommes de sa génération?

    • Il me semble qu’il y a deux moments bien distincts dans l’intervention et la sensibilité du Juste à l’égard de son Temps.:

      – il y a celui de Noé qui, loin d’être insensible, fait de la prévention autour de lui; le fait de construire l’Arche est un signe fort qui ne peut qu’interroger ses contemporains. En ces moments, même si dieu a décidé de détruire le monde, l’intervalle entre la décision divine et son exécution offre la possibilité du repentir. On peut dire que Noé insiste précisément sur ce point.

      – il y a celui d’Abraham et de Moïse qui, dans l’intervalle entre la décision et l’exécution de la sentence, vont considérer que le jugement n’est pas achevé. Ils n’appellent pas au repentir des accusés, ils en appellent au Juge lui-même, et font fi des actes respectifs des accusés.

      Le passage de Moïse où celui-ci vaut autant que le peuple dans son ensemble est assez parlant: face à dieu, il y a le peuple et Moïse, tout en sachant que Moïse est à lui seul le peuple. On comprend pourquoi dieu lui propose de devenir une grande nation: « Je ferai de TOI », de TOI, sans mentionner sa descendance.

      On pourrait presque dire que Noé, relativement à la Tsidqout, est l’échec du Juste qui se pense dans une tour d’ivoire, à l’abri des salissures de ceux de son Temps. Or, le texte le dit: Noé est dans son Temps, qu’il le veuille ou non..
      Son exhortation au repentir, c’est l’exhortation de celui qui ne risque rien – comme le verset l’exprime: (il) a trouvé grâce aux yeux de dieu.
      Pour aller plus loin, et c’est peut-être provocateur, Noé est un Moïse qui a choisi de devenir un grand peuple et de rester le seul grand peuple.

      C’est bien sûr du conditionnel.

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