«Rome et Jérusalem» de Moses Hess

20131110-130316.jpgRome et Jérusalem est le premier texte moderne projetant le retour des Juifs en Palestine. Le livre ne trace pas le programme d’un sionisme politique et précède les livres fondateurs de Pinsker et Herzl.

Rome et Jérusalem n’est pas qu’une réponse aux pogroms et à l’antisémitisme. Il a été rédigé par Moses Hess, socialiste allemand, autour de 1860, dans le contexte du printemps des peuples. Hess n’écrit pas par réaction aux persécutions subies par les Juifs, mais par réaction au mouvement d’assimilation qui pousse les Juifs à sortir du ghetto et à embrasser des nationalismes qui ne sont pas disposés à les intégrer. Et de fait, les Juifs, pour Hess, forment une nation qui a traversé les siècles grâce à la référence à un culte national. Les Juifs ne peuvent se renier sans reconnaître qu’ils doivent leur survie à cette forme de nationalisme. Ils doivent donc embrasser leur destin, leur vocation nationale. Pour Hess, le mouvement réformé, en voulant arracher les Juifs à leur nation, se trompe, et l’orthodoxie, en voulant les maintenir dans un culte coupé de sa source nationale, s’abuse. Hess en appelle à un culte qui restaure tout le génie national du judaïsme.

Où les Juifs trouveront-ils l’exemplarité et la force nécessaire à cette grande révolution, sinon dans la France, qui a vaincu les anciennes féodalités et l’empire de la «race»? Son exemple servira de modèle à tous les peuples voulant renouer avec leur génie propre. L’Allemagne, bien qu’incarnant la pointe intellectuelle de l’Europe, ne pourra aider les peuples à se libérer tant qu’elle n’aura pas annihilé ses penchants belliqueux et dominateurs.

La recherche intellectuelle de Hess se porte vers la reconstruction de l’unité du monde, par et dans le mouvement historique, par l’assignation d’une place à chaque nation, par la science et le socialisme, lequel libérera des chaînes du capitalisme. Le monde, pour Hess, suit deux tendances, incarnées dans les « races » grecques et sémites. Le Grec voit dans la nature un ordre du monde à maintenir, alors que le Juif veut mener le monde dans un processus historique unificateur. Il est donc investi d’une mission universelle, qu’il ne pourra mener qu’une fois redevenu une nation dotée d’une terre. Hess inscrit donc son projet de reconstruction nationale dans une vaste économie de l’histoire, aux implications théologiques, métaphysiques et eschatologiques qui, bien qu’encore présentes chez Herzl, surpassent les visées du sionisme politique qui se développera au XXe siècle.

Rome et Jérusalem, Moses Hess, Albin Michel « Présences du judaïsme », 1981

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